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Le nom de ce blog est un hommage au fanzine SHAVERTRON de Richard Toronto. Pour tout savoir de l'histoire de Shavertron et du Mystère Shaver, lisez cet article ou bien  visitez  www.shavertron.com
  
 

Vendredi 20 novembre 2009
- Publié dans : L'Atelier d'écriture

« Tu détruis tout ce que tu touches. »

 

Et rien n’est venu, rien n’est venu, rien n’est venu, remplacer ce grand vide que je plaçais au centre de moi. Je percevais sa présence, tantôt lointaine, rien qu’un point faiblement éclairé et bas sur l’horizon. Je percevais sa présence, tantôt proche, indécent et nauséeux luminaire au zénith de mon salon.

 

Jusque là. Mais les conjugaisons du temps perdent leurs certitudes quelques fois. Ce qui est passé peut revenir. Ou bien ce qui ne l’a jamais été, l’être enfin. Ce qui vient ne sera pas la copie de ce qui était. Le passé n’a pas toujours sa valeur de passé. De la grammaire, ses fautes, ses errances, pourraient surgir d’autres points de vue.

 

J’apprends tout en perdant, mais le gain est chaque fois maigre.

 

« Tu détruis tout ce que tu touches », comme un mouvement toujours le même, programmé il y a bien longtemps.

 

« Tu détruis tout ce que tu touches », et ce que l’on détruit tout autour, dans les rues, sur les quais, c’est encore pour toi. Afin que tu comprennes qu’il était là, depuis toujours, cette saleté de grand vide placé en ton centre et que tu refusais de voir.

 

 

 

Juin 2009, modifié Août 2009, revu Novembre 2009

 

 

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Mercredi 18 novembre 2009
- Publié dans : Lire, Voir, Ecouter

J’aurais pu mettre la photo d’une peinture de Pierre Soulages pour illustrer ces mots mais cela n’aurait servi à rien.

 

Car il ne suffit pas de « voir » ses toiles pour les apprécier, il faut les Vivre. La peinture de Pierre Soulages n’est en effet pas figée dans l’expression d’un message mais une peinture qui renvoie sans cesse le spectateur à son propre regard changeant sur la toile et à son intériorité. C’est une peinture interactive, une peinture « live » qui ne se délivre que dans le mouvement du spectateur devant et autour de la toile. Regarder la photo d’une peinture de Pierre Soulages pour apprécier son œuvre revient à vouloir découvrir la musique d’un groupe sans jamais l’écouter. Cela ne marche pas.

 

Soulages explore la couleur noire depuis 60 ans en toute radicalité. Tout d’abord le contraste du noir avec d’autres couleurs puis petit à petit, le noir lui-même, ce noir qui a envahi l’ensemble de ses toiles à partir des années 70. Une peinture sans messages, sans indices, sans piste à suivre sinon celle de la méditation intérieure à laquelle elle invite et de l’immense sentiment de liberté qu’elle procure. Une peinture sans concession qui ne laisse aucun indice ni piste à suivre. Toutes ses toiles sont titrées « support, dimensions, date de réalisation ». Le spectateur se retrouve seul pour explorer cette œuvre et passé une déstabilisation toute naturelle, des paysages, des impressions, des émotions naissent. Soulages semble nous lancer un grand défi, celui de notre propre capacité à VOIR.

 

Car de ce noir, de ce Lieu découvert et exploré qu’il appelle « Outrenoir » émerge une lumière, la lumière du noir. Fragile, volatile, en constante mutation cette lumière du noir est la résultante de son travail sur la matière noire. Lissage, brillances, texture, contrastes créent cette lumière impossible.

 

Ainsi qu’il l’explique dans le film (à ne pas manquer) projeté dans l’expo, ses peintures ont modifié le rapport du spectateur avec l’œuvre. Changement de distance tout d’abord car l’œuvre n’est plus le message de la toile, mais une zone (Interzone ? Vortex ?) située entre le spectateur et le support, zone où la lumière émergeant du noir se mélange à l’œil de celui qui regarde. Changement dans le temps aussi car l’œuvre n’existe plus désormais qu’au moment où le spectateur l’aborde. Elle n’est plus « unique » mais « multiple », « multiforme » jusqu’à l’infini dans le temps. Une peinture de Soulages existe au moment et au lieu où on la perçoit. Que l’un de ces paramètres change et la toile change, devenant une autre version d’elle-même.

 

Au fil de l’exposition, l’excitation monte en moi. J’ai l’étrange l’impression de me retrouver plongé dans un concert de Post-Hardcore prometteur en acouphènes. C’est un déluge de noir, de lumière noire, depuis ses premiers dessins étrangement calligraphiques de 1947 jusqu’à ses immenses polyptiques de 2009 (réalisés à l’âge de 89 ans…). J’en veux encore. Qu’il ne s’arrête jamais de peindre. Qu’il fasse varier à l’infini les infimes modifications de lissage de cette matière noire. Que ses polyptiques se complexifient sans cesse et sans cesse jusqu’à former une nouvelle langue, un nouveau monde, une autre Non-Lieu. L’OUTRENOIR.

 

On ressort groggy de l’expo. Merde alors, quelle patate !

 

A voir jusqu’en mars 2010 à Paris au Centre Pompidou.

 


 

 

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Lundi 16 novembre 2009
- Publié dans : L'Atelier d'écriture


 

Tout ceci est arrivé arrivera arrive dans cette Louisiane. Pas exactement celle où j’ai posé mes sacs, pas exactement celle dont j’ai humé l’odeur, pas exactement celle de la Conjuration de Toole que toi et moi aimons, mais la Louisiane de notre intérieur lointain.

 

Dans la rue des bagnoles sans roues posées sur cale. Dans la rue des cyprès chauves emmitouflés dans leur barbe espagnole. Et puis dans le Carré un bayou où flottent parmi les nénuphars des mots immobiles, comme de grandes écharpes de jacinthes d’eau prêtes à étouffer l’hélice qui anime nos corps.

 

Des plaques d’immatriculation accrochées au grillage sont couvertes d’ordres cajuns si cela se peut. Enfin non pas des ordres. Des invitations à demi-effacées, peinture noire, peinture rouge, étalées avec le doigt comme l’ultime message d’un mourant plein d’espoir.

 

Ecrites à l’envers. Lues à l’envers. C'est-à-dire depuis l’intérieur du miroir, chose facile à faire si l’on s’y entraîne.

 

«! reluor spmet snob sel essial».

 

Passé le grillage et ses piquets, passé la borne d’incendie, passé le dernier péril, une cour intérieure envahie de magnolias. Toute une foule de magnolias serrés les uns contre les autres, épaule contre épaule, fleur contre fleur.

 

Plus loin une allée bordée de pacaniers avec à leur pieds des iris si lourds qu’ils tombent à terre, vaincus par la tiédeur.

 

Encore plus loin le fleuve, celui qui nous attend. L’un de ces fleuves paresseux qui retarde toujours son cours, l’un de ces fleuves aux méandres hésitants, l’un de ces fleuves qui coule au pied de saules échevelés.

 

As-tu remarqué comme les lamentations des oiseaux se sont tues ?

 

Et tout le long de ce chemin, devant nous soufflés par le vent, des pétales et des pétales de fleurs de magnolia voletant tel des papillons odoriférants.

 

Il se pourrait que je me perde dans leur parfum, il se pourrait que je me perde avec toi dans leur parfum.

 

Voici venir notre Temps.

 

Voici venir notre Fleuve.

 

Je m’y abreuve de ton Eau des Merveilles.

 

 

 

 

 

 

 

Texte : Novembre 2009

Musique : Metamorphosis II, par Philip Glass,

Extrait de son album Philip Glass / Solo Piano, 1989

 


 

 

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Vendredi 13 novembre 2009
- Publié dans : L'Atelier d'écriture

J’ai perdu cette ligne, perdu ce fil, mais toujours me revient le souvenir de cette condition, de cette solitude où l’inquiétude n’avait pas sa place. De cette solitude, de ce cercle du soleil sur le sol où les poissons morts pourrissaient en ne laissant d’eux qu’un dessin de sel.

 

Nous étions là le dimanche, gamins, avec à la main nos cannes à pêche ou pendaient des godes*. Nous pensions que sous l’eau des bassins il y avait des antimondes où les Nazis survivaient dans leur base secrète tels des méduses toxiques. Et Soldats de l’Internationale, nous leur tirions dessus avec nos revolvers à amorces.

 

J’ai perdu ce fil tenu, perdu cette ligne de vie, mais pourtant me revient le souvenir d’un état, une sensation purement physique, pas un sentiment. Celle d’une solitude où l’inquiétude n’avait jamais sa place. Comme si les lieux avaient le pouvoir de pénétrer la chair, répandre au-dedans leur silence et leur manteau de douceur, leur distance, leur présence et leur caresse.

 

Nous étions là le dimanche, gamins, au faîte des mats de charges comme des araignées suspendus au dessus de vraquiers désertés par leur équipage. Nous les savions partis s’arsouiller dans un rade jusqu’à tomber raide. Nous étions là, et nous rêvions aux ventres de ces minéraliers débordants d’Ananas de silice et de mangues de Manganèse arrivés du Brésil.

 

J’ai perdu ce flux, perdu cette onde. Elle cerclait le monde dans son cerceau de lumière mais pourtant me revient le souvenir de sa présence. Pas son image mais son odeur. Celle de la vase et ses secrets. Celle de l’écume iodée, mousse grisâtre qui collait aux mains. Celle des arcs-en-ciel du gazole à la surface de l’eau et qui dansait en maculant nos torses. Celle de la rouille au goût âcre qui pelait l’échelle du quai, la rouille et la chevelure rousse qu’elle dessinait sur le granit.

 

Nous étions là le dimanche, gamins, et nous jetions par terre nos vêtements. Nous les roulions en boule avec une pierre dessus pour que le vent ne les emporte pas, puis nous sautions tous l’un après l’autre dans le bassin en criant plus fort que les cormorans. Et tout cela, tout cela entremêlé dans le matin des jours où il ne se passait rien.

 

Aujourd’hui dans l’entrepôt désert,

 

Un orchestre rouge se met à jouer des gouttes d’eau,

 

Une pièce de métal résonne.

 

Il y a des piliers de béton couverts de numéros, d’appels sans réponses, de slogans exsangues. Un carton dégueule des tracts mouillés.

 

«Solidarité ! Un cargo pour Cuba ! ».

 

Les bulldozers ne se donnent pas la peine de sonner à la porte.

 

Ils défoncent les murs et progressent dans l’obscurité du quai.

 

« En avant Camarades !

Un Nouveau Monde attend nos chants de Joie ! »

 

 

*

**

****

 

 

Ecrit en Mai 2009 pendant le démantèlement de la Gare Maritime de la Compagnie Générale Transatlantique, puis réécrit en Octobre 2009.

 

Je n’éprouve aucune nostalgie de ce passé maritime enfui, seulement le souvenir de zones de non-droit, de friches industrielles, de non-lieux, d’interzones où l’on pouvait errer, explorer, sans craindre les caméras, les vigiles, et les panneaux indicateurs sur les chemins tout tracés. Notre monde ressemble de plus en plus à un vaste Center-Parcs où la notion de nature relève surtout de la culture et d’une image idéalisée, intellectualisée de la nature. Les lieux sans utilité, livrés à eux-mêmes, libres, sont de plus en plus rares.

 

Par une sorte de phénomène de synchronicité il se trouve que de grands travaux de rénovation portuaire initiés au début de 2009 sont venus faire écho à des travaux de destruction intime. Parvenu – ou plutôt – sorti de cette phase de « table rase », je me rends compte que ma fascination depuis le début de l’année pour la destruction (beaucoup de photos qui ont bien gonglé les visiteurs), était un avertissement d’ultimes destructions à venir.

 

Aujourd’hui je me rends compte que tout ce qui est détruit revient toujours à sa forme première c'est-à-dire celle d’un matériau de (re)construction. Les photos qui suivent en témoignent.

 

En fait, je m’aperçois que je me trouve aujourd’hui au seuil de quelque chose qui se refusait à moi depuis tant d’années : La Paix.

 


 

*Gode : nom local d'un poisson commun, le Tacaud. Je tiens à préciser...

 

 







La Gare Maritime de la C.G.T. et du France, façade Est, à la fin des années 60. Photo extraite du tournage du film "Le Cerveau" avec Bourvil et Belmondo.


La Gare Maritime, façade Nord, état de janvier 2009. l'endroit était à l'abandon depuis le milieu des années 70. Elle était devenue une Interzone "aire de jeu" pour les amateurs d'exploration urbaine (Urbex selon la terminologie consacrée).


La Gare Maritime, façade Sud, état actuel.

 



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Mardi 10 novembre 2009
- Publié dans : Lire, Voir, Ecouter

 

«La nature s’est mieux souciée de l’éducation et du raffinement de ses enfants que les parents les plus attentionnés. Rapportez une branche de la forêt ou une pierre transparente du ruisseau et mettez-là sur votre cheminée ; les objets qui ornent votre maison auront l’air plébéien auprès de la noblesse de son apparence et de son maintien.»

 

Henry David Thoreau, Histoire générale du Massachussetts, 1842

 

 

 

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Lundi 9 novembre 2009
- Publié dans : Le Mystère Shaver ?
Pour ceux qui n'ont pas pu s'y rendre, quelques photos de l'Expo organisée au Pasadena City College prises par Richard Toronto, fondateur du site www.shavertron.com et Grand Gardien de la mémoire du Mystère Shaver.

Rappelons que cette exposition est une étape supplémentaire importante sur la longue route de la reconnaissance du travail de Richard Shaver.
 



L'expo a eu lieu à la Art Gallery du Pasadena City College en Californie


Brian Tucker, Curator de la Art Gallery derrière un célèbre Rogfogo
de Richard Shaver. C'est la deuxième exposition organisée par Brian,
grand collectionneur des oeuvres de Richard Shaver. (Thanks Brian !)


Exemples du langage Protong "découvert" par Stanislas Szukalski


Une sculpture de Stanislas Szukalski


Une autre étrange sculpture de Stanislav Szukalski


Plusieurs Rogfogos de Richard Shaver et quelques brochures publiées
par lui depuis son "Rock studio" de Summit, Arkansas



Une peinture de Richard Shaver. Ray Palmer s'en est servie
pour illustrer un numéro de la légendaire revue Hidden World




Merci à Richard Toronto (Mr Ed Itor) pour le prêt de photos.
Un grand bravo à l'infatiguable Brian Tucker pour le montage du projet.



KEEP UP THE GOOD WORK GUYS !


 





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Samedi 7 novembre 2009
- Publié dans : Photos de l'Interzone

Hans Windundwellen est un artiste appartenant au genre de l’Art Brut. Ses œuvres qu’il souhaite éphémères sont le plus souvent exposées sur les plages des Terres de l’Ouest.

 

Hans ne donne jamais d’interviews et il n’existe aucune photo connue de lui. Certains sont allés jusqu'à douter de son existence.

 

Hans est un créateur infatigable et se définit comme un petit artisan. Sa dernière exposition vient de s’ouvrir au Cap d’Antifer. Elle est intitulée «Stürmishe See».

 

Ci-dessous quelques photos du vernissage. Les titres des oeuvres ont été traduits du Norrois, langue maternelle de Hans Windundwellen.

 

 

 

 




"Toute barrière est une illusion"


"Un homme amoureux"


"Chaque paysage m'apaise"


"Rie jusqu'à ce que tu pleures, Vie jusqu'à ce que tu meures"
(hommage au groupe Can)



"Chez mon Psy"


"Une belle enfance"


"Tous mes rêves ne sont pas brisés"


"Chaque jour qui vient possède son propre soleil"


"L'automne de nos vies"
(clin d'oeil à Martine Schnoering)


"Vous êtes vivants, je suis vivant aussi"





L'exposition de Hans Windundwellen a reçu le soutien du Blog Shavertron



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Jeudi 5 novembre 2009
- Publié dans : Découvertes : Rogfogo

Octobre s’est donc enfuit. Trop peu de temps, trop peu de pas.

 

Ce que j’en retiendrai est qu’il compte bien plus de jours que les 31 habituellement dénombrés.

 

Et si vous prenez chacun d’entre eux, vous pouvez à nouveau y voir un mois d’octobre complet. Le tout se répétant à l’infini selon l’étrange logique des fractales.

 

Cela tient sans doute à l’ambre de sa nature.

 

Novembre dans l’Ouest : pluie jetée sur les fenêtres à grands seaux (effet spécial tellement forcé que l’on pourrait se croire dans un film de Ed Wood) ; vent sifflant dans les haubans ; galets échappés de la plage jonchant les trottoirs ; containers de poubelles renversés ; Goélands euphoriques et braillards tournoyant dans un ciel d’ardoise ; étrange luminescence de tout ce qui est blanc ; volets claquants sans répit ; parkings désertés.

 

Et puis comme toujours, parce que les tempêtes nous rapprochent, ces petites conversations du matin dans le hall de l’immeuble avant de s’enfoncer dans le rideau de pluie.

 

Ah oui, j’allais oublier. Et puis aussi les coquilles Saint-Jacques à 20 euros les 5 kilos parce que la saison de pêche vient de reprendre. En un rien de temps tous les congélos se remplissent de Godfiche.

 

Tout cela pour dire que lorsque je l’ai vu là sur les galets, avec son petit visage, j’ai été ému. C’est bête. On ne se contrôle pas parfois.

 

Combien de temps un homme doit-il se laisser flotter avant de voir son écorce disparaître ?

 

 

 

Photos : Homme Flotté découvert fin octobre 2009 sur une plage des Terres de l’Ouest.

 





 

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Mercredi 28 octobre 2009
- Publié dans : L'Atelier d'écriture

 

 

Il me semble que j’ai trop retardé ma réponse à l’appel,

 

Sans fin lancé de cette ligne de prairies, de roches et de forêts.

 

Il me semble qu’à prendre la route on délaisse un peu de soi à chaque tour de roue. On s’effiloche, on vide ses sacs, on n’emporte pas tant que cela de valises avec soi. On se dépouille, on se lave, on s’allège.

 

Et l’on doit bien finir par se découvrir un peu.

 

Je n’ai pas écouté les alarmes, je n’ai pas entendu les appels. Je savais pourtant le danger qu’il y a à entreprendre un voyage avec tant de fardeaux. Je connaissais le péril qui m’attendait sur cette route.

 

« Jeepers Creepers ! » diraient en coeur mes fils.

 

« Passagers dans la tourmente » leur répondrais-je.

 

Je n’ai pas écouté les alarmes, je n’ai pas réfléchi aux conséquences de serments obtus, j’ai ignoré la sagesse, c'est-à-dire la sauvegarde de soi. Surtout j’ai fui dans les dédales sans fin de souterrains intérieurs.

 

Maintenant je prends la route, mais seul.

 

Et dans l’habitacle, avec devant moi cet horizon nouveau qui m’attend, voici que le souvenir d’un chant résonne. Il m’accompagne comme une chanson tant aimée que l’on fredonne un doux matin de vacances. Ces petits airs que l’on croyait oubliés et qui deux minutes durant illuminent la route devant soi. Ces petits refrains que l’on chante en yaourt en s’inventant des paroles à nous seuls destinées.

 

Après tout,

 

Peut-être que le verbe Aimer se conjugue à toutes les personnes et à tous les temps.

 

Qui sait ?

 

 

 

 

Texte : début Septembre 2009, repris Octobre 2009

 

Musique : Riders On The Storm, par The Doors,

extrait de leur album L.A. Woman, 1971

 

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Lundi 26 octobre 2009
- Publié dans : Photos de l'Interzone

 






















 

"Ce n’est que lorsque nous sommes perdus, ou qu’on nous a fait tourner sur nous-mêmes – car il suffit en ce monde qu’on vous fasse tourner une fois sur vous-même les yeux fermés pour que vous soyez perdu – que nous apprécions l’étendue et l’inconnu de la nature.

 

En d’autres termes, ce n’est que lorsque nous avons perdu le monde que nous commençons à nous retrouver, et nous rendons compte du point où nous sommes, ainsi que de l’étendue infinie de nos rapports."

 

Henry David Thoreau,

Walden ou la vie dans les bois, 1854

 


 

Musique : Symmetry par Jon Hopkins,

extrait de son album Contact Note, 2004

 

Photos prises le 25 Octobre 2009

 

 

 


 




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