Au départ, c'est-à-dire il y a presque trois ans, ce blog ne devait être qu’un lieu pour évoquer la mémoire d’un personnage totalement oublié aujourd’hui mais qui en son temps marqua l’esprit de la Science-fiction des années 1950 : Richard Shaver. Avec le temps, Shaver est devenu mon avatar et ce blog s’est mué en ce fourre-tout qu’il est devenu aujourd’hui. J’avoue que je me demande où cela va me mener. A l’époque, en 2005, j’étais sur la piste de Richard Shaver depuis une quinzaine d’années. Je l’ai croisé par hasard dans les années 80 en collectionnant de vieilles revues de Science-Fiction de l’âge d’or : Amazing Stories, Astounding Stories, Weird Tales… Il faut dire que le personnage est une véritable Anomalie dans l’histoire de la Science-fiction. En son temps il fût honni, critiqué, rejeté, injurié à un tel point qu’il est passé à la postérité par le rejet de ses œuvres plutôt que par leur acceptation et leur reconnaissance.
Toujours est-il qu’en publiant nombre d’articles au sujet de Richard Shaver, j’ai souvent évoqué le terme de Rokfogo. Je m’aperçois aujourd’hui que je n’ai jamais vraiment fait d’article résumant et expliquant ce que voulait dire ce terme abscons sorti tout droit de l’esprit échevelé de Dick Shaver.
Avant de parler des Rokfogos, je me dois de parler brièvement de Richard Shaver. Richard est Américain. Il est né en 1907. Dans les années 1940 il est soudeur dans une usine métallurgique. Sa passion c’est la Science-fiction. Il faut le dire d’emblée, Richard Shaver souffre de problèmes psychologiques depuis quelques années. Lorsqu’il est à son poste de travail, il est persuadé que « des voix » lui parviennent par le biais de son poste à soudure. Selon lui ces voix viennent de sous terre. Les voix lui expliquent que sous terre vit une civilisation cachée (qu’il nomme les Dero), civilisation responsable de toutes les guerres et tous les maux de notre civilisation. Richard ne veut pas rester le seul destinataire de ce message incroyable. Il décide donc d’écrire à la rédaction de la revue de Science-fiction qu’il affectionne, Amazing Stories, pour avertir ses lecteurs du danger qui nous guette. Cette lettre est publiée dans le courrier des lecteurs en 1943. Or il se passe quelque chose d’étrange suite à sa publication. Alors qu’elle ne devrait prêter qu’à sourire, la lettre suscite des centaines, puis des milliers de lettres d’autres lecteurs affirmant qu’ils entendent eux aussi des voix. Eux aussi ont été les témoins des choses annoncées par Richard shaver. Au fil des mois Richard Shaver devient l’emblème de la revue. On publie ses témoignages (il affirme s’être rendu sous terre et avoir vu de ses propres yeux les Dero), on publie les histoires de Science-fiction qu’il écrit. Parallèlement à cet enthousiasme, un mouvement de révolte se fait jour chez les amateurs purs et durs d’une science-fiction raisonnable et qui ne cherche pas à faire prendre pour argent comptant tout ce qu’elle raconte. Une véritable fronde est lancée contre Richard Shaver que l’on qualifie de « Crackpot » (pot fêlé). L’affaire sort du cercle restreint de la Science-fiction et Life Magazine évoque son cas. En 1948 les amateurs « raisonnables » ont gain de cause. Richard Shaver disparaît du sommaire de la revue et le rédacteur en chef est renvoyé. Richard Shaver retourne à l’anonymat qui était le sien avant toute l’affaire. Il déménage à la campagne et ouvre un petit magasin de vente de minéraux. Mais sa conviction qu’une civilisation souterraine a légué des traces ne le quitte pas. Il aime à ramasser des cailloux dans son jardin et les environs de sa maison. Certains d’entre eux lui apparaissent étranges. Ce sont selon lui des Rock-Books des « Livres-Pierres ». Il y voit des visages, des paysages, des scènes parlant du passé. Il prétend que la civilisation qui a précédé la venue de l’homme sur terre possédait la technologie pour «enregistrer » des images dans les pierres. Selon Richard Shaver, ces pierres terriblement dégradées et abimées, une fois traitées, peuvent restituer l’histoire du passé ancien de la Terre. Depuis son éviction des pages des revues de Science-fiction il a fondé son propre magazine (le Shaver Mystery Magazine) pour faire état de ses découvertes. Il correspond avec divers amateurs au sujet de ses pierres et entretient un réseau de « chercheurs ». Au fil des années Richard Shaver enquête plus avant sur les « Rock –Books ». Afin de partager leurs découvertes tous ces chercheurs prennent souvent en photo leurs pierres étranges et s’échangent les clichés. Ils mettent au point diverses méthodes de « révélation ». Ces photos, Richard Shaver les appelle des « Rock-Photos ». Au fil du temps, et au fil des nombreuses fautes de frappes qui émaillent la correspondance qu’il entretient avec les autres chercheurs, le terme de Rockfoto puis celui de Rokfoto, Rokfogo, et enfin Rogfogo sert à désigner ce type de trace du passé antédiluvien de notre planète.
C’est ainsi que les Rokfogos sont nés. Dans les années 70 un jeune ado californien prend contact avec le vieux Richard Shaver. Il s’agit de Richard Toronto. Shaver est quasiment tombé dans l’oubli à ce moment. Richard Toronto et Shaver échangent beaucoup de courriers. Richard Toronto recueille toute la mémoire de l’histoire du Shaver Mystery et de Richard Shaver. Lorsque Shaver disparait en 1975, Richard Toronto crée un Fanzine (c'est-à-dire un magazine d’amateur) qu’il intitule Shavertron en l’honneur de celui qui est devenu son ami. Le Fanzine parait sous forme papier de 1979 jusqu’au milieu des années 80. Lorsqu’Internet se développe Richard Toronto décide de transférer son Fanzine sur le net et crée le site www.shavertron.com, totalement dévoué à l’histoire et la mémoire de Richard Shaver. Dans la foulée, les œuvres de Richard Shaver (photos, peintures, textes, montages) commencent à être exposées. On les étiquette «Outsider Art » ce qui aux USA correspond à notre appellation d’Art Brut. Richard Shaver, qui n’a jamais rien vendu de sa vie (et n’a jamais essayé de vendre quoi que ce soit) se retrouve aujourd’hui dans les galeries de musées prestigieux associé à d’autres représentants de cette forme d’expression.
C’est un peu avant cela que j’interviens… A la fin des années 90 je rejoins le groupe des derniers Shaveriens (environ une soixantaine de personnes dans l’univers entier) et lance le blog Shavertron avec la bénédiction de Richard Toronto.
Voilà pour la chronologie. Maintenant, que sont les Rockfogos ? Selon Richard Shaver, il s’agit d’images incrustées dans la pierre. Shaver ne doutait pas de la Réalité de ces images. Personnellement je partage son point de vue et je pense sincèrement que des civilisations ont eu la possession de notre planète bien avant nous. Ces civilisations ont laissé peu de traces non pas car elles ne possédaient pas de technologies élaborées, mais tout simplement parce que nous ne savons pas lire ce que nous avons sous les yeux, ni nous libérer du conditionnement de notre regard.
Nous ne faisons que voir des taches informes là où il y a message intelligible. C’est là tout le sujet de mon blog.
Ces images peuvent être des visages mais aussi des vues très élaborées représentant des évènements historiques du passé caché de notre Terre. Une chose est sûre. Les Rokfogos ont à voir avec notre REGARD sur les choses. En son temps déjà, Roger Caillois (on est bien loin du « pot fêlé » Shaver) avait publié tout un recueil de textes (L’Ecriture des pierres) dont le sujet était la poésie inhérente aux minéraux et les images que nous y découvrons.
Il existe bien des façons de percevoir et percer le voile habituel des choses. Un Blog d’ores et déjà légendaire (www.sacristie.com) explore à sa manière l’univers des rokfogos. Je ne peux qu’inviter tout à chacun à s’y rendre pour s’en rendre compte.

