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L'Atelier d'écriture


Lundi 16 novembre 2009
- Publié dans : L'Atelier d'écriture


 

Tout ceci est arrivé arrivera arrive dans cette Louisiane. Pas exactement celle où j’ai posé mes sacs, pas exactement celle dont j’ai humé l’odeur, pas exactement celle de la Conjuration de Toole que toi et moi aimons, mais la Louisiane de notre intérieur lointain.

 

Dans la rue des bagnoles sans roues posées sur cale. Dans la rue des cyprès chauves emmitouflés dans leur barbe espagnole. Et puis dans le Carré un bayou où flottent parmi les nénuphars des mots immobiles, comme de grandes écharpes de jacinthes d’eau prêtes à étouffer l’hélice qui anime nos corps.

 

Des plaques d’immatriculation accrochées au grillage sont couvertes d’ordres cajuns si cela se peut. Enfin non pas des ordres. Des invitations à demi-effacées, peinture noire, peinture rouge, étalées avec le doigt comme l’ultime message d’un mourant plein d’espoir.

 

Ecrites à l’envers. Lues à l’envers. C'est-à-dire depuis l’intérieur du miroir, chose facile à faire si l’on s’y entraîne.

 

«! reluor spmet snob sel essial».

 

Passé le grillage et ses piquets, passé la borne d’incendie, passé le dernier péril, une cour intérieure envahie de magnolias. Toute une foule de magnolias serrés les uns contre les autres, épaule contre épaule, fleur contre fleur.

 

Plus loin une allée bordée de pacaniers avec à leur pieds des iris si lourds qu’ils tombent à terre, vaincus par la tiédeur.

 

Encore plus loin le fleuve, celui qui nous attend. L’un de ces fleuves paresseux qui retarde toujours son cours, l’un de ces fleuves aux méandres hésitants, l’un de ces fleuves qui coule au pied de saules échevelés.

 

As-tu remarqué comme les lamentations des oiseaux se sont tues ?

 

Et tout le long de ce chemin, devant nous soufflés par le vent, des pétales et des pétales de fleurs de magnolia voletant tel des papillons odoriférants.

 

Il se pourrait que je me perde dans leur parfum, il se pourrait que je me perde avec toi dans leur parfum.

 

Voici venir notre Temps.

 

Voici venir notre Fleuve.

 

Je m’y abreuve de ton Eau des Merveilles.

 

 

 

 

 

 

 

Texte : Novembre 2009

Musique : Metamorphosis II, par Philip Glass,

Extrait de son album Philip Glass / Solo Piano, 1989

 


 

 

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Vendredi 13 novembre 2009
- Publié dans : L'Atelier d'écriture

J’ai perdu cette ligne, perdu ce fil, mais toujours me revient le souvenir de cette condition, de cette solitude où l’inquiétude n’avait pas sa place. De cette solitude, de ce cercle du soleil sur le sol où les poissons morts pourrissaient en ne laissant d’eux qu’un dessin de sel.

 

Nous étions là le dimanche, gamins, avec à la main nos cannes à pêche ou pendaient des godes*. Nous pensions que sous l’eau des bassins il y avait des antimondes où les Nazis survivaient dans leur base secrète tels des méduses toxiques. Et Soldats de l’Internationale, nous leur tirions dessus avec nos revolvers à amorces.

 

J’ai perdu ce fil tenu, perdu cette ligne de vie, mais pourtant me revient le souvenir d’un état, une sensation purement physique, pas un sentiment. Celle d’une solitude où l’inquiétude n’avait jamais sa place. Comme si les lieux avaient le pouvoir de pénétrer la chair, répandre au-dedans leur silence et leur manteau de douceur, leur distance, leur présence et leur caresse.

 

Nous étions là le dimanche, gamins, au faîte des mats de charges comme des araignées suspendus au dessus de vraquiers désertés par leur équipage. Nous les savions partis s’arsouiller dans un rade jusqu’à tomber raide. Nous étions là, et nous rêvions aux ventres de ces minéraliers débordants d’Ananas de silice et de mangues de Manganèse arrivés du Brésil.

 

J’ai perdu ce flux, perdu cette onde. Elle cerclait le monde dans son cerceau de lumière mais pourtant me revient le souvenir de sa présence. Pas son image mais son odeur. Celle de la vase et ses secrets. Celle de l’écume iodée, mousse grisâtre qui collait aux mains. Celle des arcs-en-ciel du gazole à la surface de l’eau et qui dansait en maculant nos torses. Celle de la rouille au goût âcre qui pelait l’échelle du quai, la rouille et la chevelure rousse qu’elle dessinait sur le granit.

 

Nous étions là le dimanche, gamins, et nous jetions par terre nos vêtements. Nous les roulions en boule avec une pierre dessus pour que le vent ne les emporte pas, puis nous sautions tous l’un après l’autre dans le bassin en criant plus fort que les cormorans. Et tout cela, tout cela entremêlé dans le matin des jours où il ne se passait rien.

 

Aujourd’hui dans l’entrepôt désert,

 

Un orchestre rouge se met à jouer des gouttes d’eau,

 

Une pièce de métal résonne.

 

Il y a des piliers de béton couverts de numéros, d’appels sans réponses, de slogans exsangues. Un carton dégueule des tracts mouillés.

 

«Solidarité ! Un cargo pour Cuba ! ».

 

Les bulldozers ne se donnent pas la peine de sonner à la porte.

 

Ils défoncent les murs et progressent dans l’obscurité du quai.

 

« En avant Camarades !

Un Nouveau Monde attend nos chants de Joie ! »

 

 

*

**

****

 

 

Ecrit en Mai 2009 pendant le démantèlement de la Gare Maritime de la Compagnie Générale Transatlantique, puis réécrit en Octobre 2009.

 

Je n’éprouve aucune nostalgie de ce passé maritime enfui, seulement le souvenir de zones de non-droit, de friches industrielles, de non-lieux, d’interzones où l’on pouvait errer, explorer, sans craindre les caméras, les vigiles, et les panneaux indicateurs sur les chemins tout tracés. Notre monde ressemble de plus en plus à un vaste Center-Parcs où la notion de nature relève surtout de la culture et d’une image idéalisée, intellectualisée de la nature. Les lieux sans utilité, livrés à eux-mêmes, libres, sont de plus en plus rares.

 

Par une sorte de phénomène de synchronicité il se trouve que de grands travaux de rénovation portuaire initiés au début de 2009 sont venus faire écho à des travaux de destruction intime. Parvenu – ou plutôt – sorti de cette phase de « table rase », je me rends compte que ma fascination depuis le début de l’année pour la destruction (beaucoup de photos qui ont bien gonglé les visiteurs), était un avertissement d’ultimes destructions à venir.

 

Aujourd’hui je me rends compte que tout ce qui est détruit revient toujours à sa forme première c'est-à-dire celle d’un matériau de (re)construction. Les photos qui suivent en témoignent.

 

En fait, je m’aperçois que je me trouve aujourd’hui au seuil de quelque chose qui se refusait à moi depuis tant d’années : La Paix.

 


 

*Gode : nom local d'un poisson commun, le Tacaud. Je tiens à préciser...

 

 







La Gare Maritime de la C.G.T. et du France, façade Est, à la fin des années 60. Photo extraite du tournage du film "Le Cerveau" avec Bourvil et Belmondo.


La Gare Maritime, façade Nord, état de janvier 2009. l'endroit était à l'abandon depuis le milieu des années 70. Elle était devenue une Interzone "aire de jeu" pour les amateurs d'exploration urbaine (Urbex selon la terminologie consacrée).


La Gare Maritime, façade Sud, état actuel.

 



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Mercredi 28 octobre 2009
- Publié dans : L'Atelier d'écriture

 

 

Il me semble que j’ai trop retardé ma réponse à l’appel,

 

Sans fin lancé de cette ligne de prairies, de roches et de forêts.

 

Il me semble qu’à prendre la route on délaisse un peu de soi à chaque tour de roue. On s’effiloche, on vide ses sacs, on n’emporte pas tant que cela de valises avec soi. On se dépouille, on se lave, on s’allège.

 

Et l’on doit bien finir par se découvrir un peu.

 

Je n’ai pas écouté les alarmes, je n’ai pas entendu les appels. Je savais pourtant le danger qu’il y a à entreprendre un voyage avec tant de fardeaux. Je connaissais le péril qui m’attendait sur cette route.

 

« Jeepers Creepers ! » diraient en coeur mes fils.

 

« Passagers dans la tourmente » leur répondrais-je.

 

Je n’ai pas écouté les alarmes, je n’ai pas réfléchi aux conséquences de serments obtus, j’ai ignoré la sagesse, c'est-à-dire la sauvegarde de soi. Surtout j’ai fui dans les dédales sans fin de souterrains intérieurs.

 

Maintenant je prends la route, mais seul.

 

Et dans l’habitacle, avec devant moi cet horizon nouveau qui m’attend, voici que le souvenir d’un chant résonne. Il m’accompagne comme une chanson tant aimée que l’on fredonne un doux matin de vacances. Ces petits airs que l’on croyait oubliés et qui deux minutes durant illuminent la route devant soi. Ces petits refrains que l’on chante en yaourt en s’inventant des paroles à nous seuls destinées.

 

Après tout,

 

Peut-être que le verbe Aimer se conjugue à toutes les personnes et à tous les temps.

 

Qui sait ?

 

 

 

 

Texte : début Septembre 2009, repris Octobre 2009

 

Musique : Riders On The Storm, par The Doors,

extrait de leur album L.A. Woman, 1971

 

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Samedi 24 octobre 2009
- Publié dans : L'Atelier d'écriture



 

Par la fenêtre pénètrent des parfums de glace, comme des traînées lumineuses, comme si on écrasait des étoiles gorgées de méthyle sur les murs. Cela rôde dans les pièces. Cela se répand en une poussière de verre sur le parquet.

 

Le cercle arctique a étendu son domaine à tout le monde connu, le vent boréal souffle sur les terrasses de bois flotté. Nous sommes comme entourés de forêts invisibles de conifères à robe noire. La lisière de nos champs s’est perdue, enfouie sous l’averse d’une neige intérieure.

 

Nous rêvons aux temps à venir,

 

Nous rêvons au chant d’oiseaux de paradis,

 

Nous rêvons à des plages où l’écume s’est figée en un sourire dentelé.

 

L’ordre ancien a été aboli et tous les pouvoirs vaincus. La radio est silencieuse depuis des années et nous le sommes aussi. Les ondes sont désormais parcourues des soubresauts du vent, et amnésiques, nous regardons tomber la neige sur les écrans.

 

Les temples on été désertés, nous avons oublié le nom des idoles, nos routes sont vides.

 

Le soir le vent vient gonfler les rideaux en montgolfières silencieuses. La ville devient un vaisseau parti à la découverte d’océans immobiles. Le monde est un doux craquement de bois dans l’ombre vivace de ses cales.

 

Il y a longtemps que nous avons oublié le nom des jours. Notre journal de bord est un vol majestueux de pages blanches.

 

Elles migrent vers le Grand Nord sans nuls mots à dévoiler.

 

 



Musique : Time Out From The World par Goldfrapp
Extrait de leur album Supernature (2005)
 
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Jeudi 22 octobre 2009
- Publié dans : L'Atelier d'écriture

Le vertige ultime, l’angoisse fondamentale, est celle de parvenir à un point de son existence où l’on a l’intuition d’être passé à côté de sa vie.

 

La peur viscérale de penser que ce point existe peut-être pour moi et m’attends quelque part est la composante fondamentale de ma descente aux enfers.

 

Je ne suis pas sûr que ce point, ce lieu, existe vraiment. Sa localisation est supposée, hypothétique, future, virtuelle. Son aspect est brumeux. Tantôt sous mes yeux comme un vulgaire tas de viande posé sur l’étal du boucher (et ce tas de viande, c’est moi) ; tantôt rejeté dans les catacombes d’insomnies interminables où la montre se rie des ruades dans le lit.

 

Je ne connais actuellement aucune pratique, simple, efficace, d’éviter l’apparition de ce point. Mais j’ai l’intuition qu’agir, agir à tout prix, m’en éloigne en une attitude qui ressemble au geste reflexe de chasser une mouche qui tourne autour de soi en été.

 

Il y a une géographie des enfers intimes qu’il me reste à parcourir mais ainsi que le disait Korzibsky « la carte n’est pas le territoire ».

 

Donc l’enfer n’est pas vraiment l’enfer et s’il brûle ce ne sera qu’un feu de papier, une torche d’étincelles emportées par le vent.

 

Tout çà, c’est comme une vérité avant-dernière.

 

Un autre Non-Lieu.

 



 

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Lundi 19 octobre 2009
- Publié dans : L'Atelier d'écriture


 

Dans la pénombre enlacés, nous nous laissons glisser sur le canapé étroit.

 

Allongés nous cherchons à ce que chaque parcelle, chaque centimètre de notre peau touche celle de l’autre.

 

Dès que l’un bouge, même imperceptiblement, l’autre l’accompagne pour ne pas perdre cette sensation du CONTACT. Et si entre nos corps une faille s’ouvre seulement quelques secondes alors cela crée un appel soudain, une faim, un vertige que seul le retour à l’effleurement peut combler.

 

Nos peaux glissent l’une contre l’autre sans jamais se perdre.

 

D’une pièce éloignée ou bien peut-être de la rue une lumière ambrée coule dans le salon, enjambe la table basse et vient couvrir nos épaules tel un plaid de laine mousseuse.

 

Yeux fermés il n’y a plus que l’ajustement de nos respirations à un même rythme. Pour ne pas rompre cette sensation, pour ne rien perdre de cette chaleur de l’autre sur sa propre peau.

 

Nos peaux s’ajustent, nos peaux se confondent, nos peaux s’embrassent.

 

A ce moment précis, à cette seconde là, je comprends ce que Sept Mille Années Ensoleillées pourraient bien signifier si elles nous étaient données, car je me perds au milieu d’elles dans ce CONTACT avec toi.



 

Musique : Seven Thousand Sunny Years par Harold Budd & Robin Guthrie,
extrait de l'album After The Night Falls (2007)

 
 
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Mardi 13 octobre 2009
- Publié dans : L'Atelier d'écriture

 

Octobre n’est pas ce pas pesant de l’hiver qui viendra trop tôt.

 

Octobre nous appelle tous, Octobre nous demande à nicher, Octobre nous invite à ramasser feuilles et brindilles dans les chemins tombés.

 

Il nous invite bras chargés à ramener ces trésors musqués dans nos salons silencieux.

 

Secouant brouillard et bruine sur notre seuil nous jetterons tout à terre sur le parquet. Puis nous nous y allongerons frissonnants, ventre contre ventre, enroulés, enlacés comme deux petits animaux sûrs de vaincre l’hiver.

 

Je rêve d’une ville envahie par le feuillage, je rêve de douceurs, de pelages, de caresses. Je rêve de remparts abandonnés, de donjons écroulés, d’armées en déroute. Je rêve d’un automne qui ne se terminerait jamais.

 

Je rêve d’un pays où la forêt a tout envahi, je rêve de chemins à jamais plongés dans l’ambre et l’émeraude, je rêve de rues où l’asphalte est broyé par la force des racines, où les façades ont disparu sous le lierre, la vigne vierge et les mûriers.

 

Et que tout cela soit figé, suspendu, enfermé dans ce moment subtil où l’on se souvient encore de l’été sans avoir à se demander si le froid qui vient sera rude.

 

Octobre est cette route envahie par des fougères humides et dorées, cette route où de loin en loin les sorbiers font la révérence et ploient leurs branches de perles vermillons.

 

Octobre est ce marcheur au pas décidé qui dévale son chemin, bâton à la main, emmitouflé dans un parfum de feuilles mortes.

 

Octobre est ce géant roux au regard doux qui là-haut nous réchauffe de son ocre bienveillant.

 

Octobre est cette tendresse que tu me donnes, cette douceur que tu m’offres.

 

Et tout cela, Octobre, Toi, me laisse sans voix.

 


Octobre 2009

 


 

Musique : Mmm Mmm Mmm par les Crash Test Dummies

Extrait de leur album God Shuffles His Feet (1991)

 

 

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Dimanche 11 octobre 2009
- Publié dans : L'Atelier d'écriture






Avoir confiance dans les hasards généreux, ne pas chercher à voir au-delà du jour qui vient. Ne pas craindre celui qui tombe.

 

Ne pas tenter d’éclairer une obscurité contre laquelle on ne peut rien. L’avenir n’a pas de sens en soi. Cet avenir lointain, cette espèce de machin frauduleux que l’on imagine toujours fait d’enchaînements bien agencés.

 

Toute tentative de le maîtriser revient à s’enfermer dans l’angoisse de n’avoir aucune prise sur lui.

 

Seul compte finalement le présent qui vient. Ce « tout à l’heure » qui te frôle les bras, cet « après » que l’on vit comme une promesse certaine d’être tenue, le « ce soir » certain de tomber, ou bien ce « demain » que l’on attend, et qui veille comme un nuage doux posé sur l’horizon.

 

Mais pas plus loin.

 

Je vis dans une imprévision qui m’a libéré de la douleur. Il faut dire que je n’avais guère d’autre choix.

 

Je reçois plein de petits cadeaux, quelques fois des grands.

 

Merci à tout, merci à tous, merci merci merci.

 

 

 

 

 

Musique : Twilight par The Raveonnettes,

extrait de leur album Pretty In Black (2005)

 

Photos : Ici, 10 octobre 2009

 


 

 

 

 

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Lundi 5 octobre 2009
- Publié dans : L'Atelier d'écriture

Octobre s’est emparé des rues sans coup férir. Ses milices patrouillent la ville au pas cadencé d’une pluie d’acier.

 

Désormais le vent y cascade la pente des trottoirs de lundis gris.

 

Le matin est une écharpe couleur de beurre rance déroulée au cœur des docks où des bannières charbonneuses traînent leur encre.

 

Je m’agrippe à cette minute qui passe, je retarde les secondes, j’inverse la course des chiffres sur le téléphone tombé par terre.

 

J’entends la Pilotine ronronner dans l’estuaire, la pluie jetée comme du gravier sur les fenêtres et le vent faire siffler et claquer les haubans contre les mats.

 

Je m’agrippe à cette minute qui s’échappe, à nos corps épousés, à nos deux S dans le lit enlacés.

 

Je te serre tout contre moi, un trésor, et un frémissement de ton épaule vient chercher mes lèvres.

 

Je m’agrippe à cette minute qui s’enfuit, je te garde, une main en coupe sur tes seins, l’autre à plat sur ton petit ventre chaud.

 

Nos peaux ne se sont pas quittées de la nuit, c’était comme un long et tendre baiser.

 

Toute une oligarchie de lundis promet l’attentat de nos nuits mais c’est comme si la chaleur qui brûle entre nous pouvait vaincre sa dictature.

 

 

Octobre 2009

 

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Dimanche 27 septembre 2009
- Publié dans : L'Atelier d'écriture

Amour acouphène n’étais-tu qu’un voile de chaleur, celui qui drape les côtes lointaines, et dont on dit ici, qu’il est le signe d’une seule et belle journée ?

 

Combien je chéris ce bonheur passé et jamais, jamais, oh non jamais je ne le piétinerai. Pourquoi piétinerai-je le Soleil quand bien même il ne m’a accordé sa chaleur qu’un seul jour ? Je connais la valeur de ce don immense. Je ne peux l’oublier. Je n’ai envie de prononcer qu’un seul mot. Merci.

 

Prends soin de toi Soleil. Continue de briller.

 

Je me sens proche d’un effacement progressif de mécaniques anciennes. Ces vieilles carapaces qui formaient une armure. Tous les guerriers se trompent, la vie n’est pas un combat mais un don. Il faut seulement être capable de le recevoir.

 

Celui qui avance dans l’existence armé finira sous la lame de sa propre épée.

 

Tout le monde me dit des trucs du genre « Comme tu as changé. On t’aime tu sais. Pourquoi n’as-tu pas fait signe pendant tout ce temps ?». Je réponds que je vivais dans un trou et que j’ai eu beaucoup de mal à en trouver la sortie. Pas un trou de Lapin, comme un gouffre plutôt.

 

Je ne savais pas qu’ils m’aimaient tant. Combien ai-je maltraité leurs embrassades et nos rires. Ce n’est pas seulement le passé qui revient. C’est tout simplement que nous nous sommes perdus, chacun dans notre vie, et maintenant nous sommes près d’être apaisés. On a tous bien morflé. Çà oui. Mais nous savons désormais qui nous sommes. Nous approchons notre essence. Quelle que soit sa nature, ce fait nous rendra meilleurs à nous-mêmes et meilleurs aux autres. «Connais-toi toi-même » et « Aime ton prochain ». Il n’y a rien d’autre dans la philosophie. Le reste c’est de la balle.

 

Je vide d’un trait le verre de Ti-punch en m’étouffant à moitié car le fou-rire monte, il est trois heures du mat’ et Bruno se lève en titubant « Je vais me coucher, je bosse dans deux heures ». Nathalie dit « On pourrait peut-être se faire à manger non ? ».

 

Et puis à l’autre bout de la table, je ne vois que ton regard Claire. Il est rivé au mien et je laisse courir en moi ce long frisson qui vient.

 

 

   

 

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Mercredi 23 septembre 2009
- Publié dans : L'Atelier d'écriture

Il y a des phalènes qui viennent frapper leur museau contre la lampe suspendue dans la tente. Cela fait tic. Tic. Tic.

 

Les phalènes tentent de se baigner dans la lumière. Les phalènes connaissent son prix. Les phalènes ne peuvent croire que le jour est parti.

 

Je fume en regardant le ciel et toi je te vois fureter dans la nuit, pas très loin, appareil photo en main.

 

Je te vois traquer des globes de lumières suspendus aux arbres. Je te vois marcher, j’entends le crissement de ton pas sur le chemin, là, pas très loin de la tente où je fume.

 

Tout un pan du ciel absorbe les étoiles. Je sais que la montagne se trouve là, couverte de ses forêts, noyée pour la nuit dans une opacité luisante.

 

Je te vois au loin et te voilà figée, comme un chat curieux, debout dans un halo de lumière tombé sur le bout de chemin qui mène aux douches.

 

Tu as trouvé quelque chose. Tu l’observes, tu le traques, et tes longs cheveux sont déployés sur ton dos telle une cape d’acajou.

 

Je me dis que les phalènes ont si peu de temps, et moi, que cet instant durera toujours.

 

Dans la chambre de la tente nos duvets sont tout défaits.

 

Je suis si bien.

 
 

 


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Dimanche 20 septembre 2009
- Publié dans : L'Atelier d'écriture

Quitter la ville.

 

Tout tient là dans ces quelques mots pourtant si courts, un appel, cette impérative solution à n’être plus là.

 

Quittant la ville je reviens toujours à mon aire fondamentale.

Quittant la ville, chaque nom inconnu devient un remède.

 

Le lointain n’a pas forcément besoin d’être sous l’emprise d’autres longitudes, si l’attitude qu’on lui porte est cette perte ouverte.

 

Tout se réduit à chercher le Lieu où l’on ne nous trouvera pas.

 

Car il y a quelque chose de bienveillant dans chaque paysage, comme un onguent, quelque chose d’aussi bon et doux que cette pommade d’Arnican que l’on frictionne sur ses ecchymoses tout en humant son parfum de lèvres soyeuses.

 

Car chaque paysage possède la douceur d’un baiser reçu sur les paupières tandis que l’on garde les yeux bien fermés dans l’attente du souffle qui, affleurant la joue, annonce la bouche qui vient.

 

En ce point d’équilibre, en ce lieu, l’intérieur et l’extérieur décident de retenir ce moment que l’on appelle l’étale. Lorsque rien ne peut être renversé mais seulement renversant de sa présence, lorsque rien ne part, rien ne vient.

 

 

Il m’arrive souvent entre deux rendez-vous d’arrêter la voiture sur le bas-côté de la route.

 

Puis de marcher dans un champ qui vient d’être vidé de sa récolte sans même une dernière patate à glaner,

 

Puis de regarder au loin cet îlot d’arbres, seul vestige d’un essartage ancien,

 

Puis de fouiller le fossé pour voir s’il n’y aurait quelque part, bien caché, un trou de lapin pour m’y faufiler et y tomber, tomber, tomber à perte de temps.

 

 

Puis de rentrer chez moi le soir, rien qu’un vestige de visage, en me disant que cette journée ne fût vécue que pour cette poignée de secondes là.

 





White Rabbit par The Jefferson Airplane
Extrait de l'album Surrealistic Pillow (1967)

 
 
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