Il me semble que j’ai trop retardé ma réponse à l’appel,
Sans fin lancé de cette ligne de prairies, de roches et de forêts.
Il me semble qu’à prendre la route on délaisse un peu de soi à chaque tour de roue. On s’effiloche, on vide ses sacs, on n’emporte pas tant que cela de valises avec soi. On se dépouille, on se lave, on s’allège.
Et l’on doit bien finir par se découvrir un peu.
Je n’ai pas écouté les alarmes, je n’ai pas entendu les appels. Je savais pourtant le danger qu’il y a à entreprendre un voyage avec tant de fardeaux. Je
connaissais le péril qui m’attendait sur cette route.
« Jeepers Creepers ! » diraient en coeur mes fils.
« Passagers dans la tourmente » leur répondrais-je.
Je n’ai pas écouté les alarmes, je n’ai pas réfléchi aux conséquences de serments obtus, j’ai ignoré la sagesse, c'est-à-dire la sauvegarde de soi. Surtout j’ai fui dans les dédales sans fin de souterrains intérieurs.
Maintenant je prends la route, mais seul.
Et dans l’habitacle, avec devant moi cet horizon nouveau qui m’attend, voici que le souvenir d’un chant résonne. Il m’accompagne comme une chanson tant aimée que l’on fredonne un doux matin de vacances. Ces petits airs que l’on croyait oubliés et qui deux minutes durant illuminent la route devant soi. Ces petits refrains que l’on chante en yaourt en s’inventant des paroles à nous seuls destinées.
Après tout,
Peut-être que le verbe Aimer se conjugue à toutes les personnes et à tous les temps.
Qui sait ?
Texte : début Septembre 2009, repris Octobre 2009
Musique : Riders On The Storm, par The Doors,
extrait de leur album L.A. Woman, 1971