Mercredi 24 juin 2009
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Publié dans : Lire, Voir, Ecouter
"Si l'errance est la libération par rapport à tout point donné dans l'espace et s'oppose conceptuellement au fait d'être fixé en ce point, la forme sociologique
de l'étranger se présente comme l'unité de ces deux caractéristiques. Cependant, ce phénomène montre aussi que
les relations spatiales ne sont que la condition, d'une part, et le symbole, d'autre part, des relations humaines. Ainsi, l'étranger dont parlons ici n'est pas ce personnage qu'on a souvent
décrit dans le passé, le voyageur qui arrive un jour et repart le lendemain, mais plutôt la personne arrivée aujourd'hui et qui restera demain, le voyageur potentiel en quelque sorte : bien qu'il
n'ait pas poursuivi son chemin, il n'a pas tout à fait abandonné la liberté d'aller et venir. Il est attaché à un groupe spatialement déterminé ou à un groupe dont les limites évoquent des
limites spatiales, mais sa position dans le groupe est essentiellement déterminée par le fait qu'il ne fait pas partie de ce groupe depuis le début, qu'il y a introduit des caractéristiques qui
ne lui sont pas propres et qui ne peuvent pas l'être."
[...]
"Cette relation [celle de l'étranger avec le groupe] peut encore se traduire
par l'objectivité de l'étranger : parce qu'il n'a pas de racines dans les particularismes et les partialités du groupe, il s'en tient à l'écart avec l'attitude spécifique de l'objectivité, qui
n'indique pas le détachement ou le désintérêt mais résulte plutôt de la combinaison particulière de la proximité et de la distance, de l'attention et de l'indifférence."
Georg Simmel, Digressions sur l'étranger, 1908
Photo : Etranger dans le vortex 1 (juin 2009)