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Mardi 28 août 2007
- Publié dans : L'Atelier d'écriture
(Suite des articles précédents)

Donc si l’on peut faire disparaître des éléments du champ du réel en manipulant les mots, en les étripant, en expurgeant ou en martelant le langage, il est tout à fait possible de faire émerger des éléments dans le réel en les « exprimant » par des mots. Je vois dans ce concept complexe l’origine ancestrale du processus d’invocation. Qui de nous n’a pas au moins une fois prononcé un mot pour voir le mot se transformer en la chose désirée ? Qui n’a pas murmuré le nom de l’être aimé pour le faire apparaître devant ses yeux comme par enchantement ? Qui n’a pas cherché à dissoudre la douloureuse absence dans l’énoncé d’une formule ? C’est le signe que l’invocation, la création par le mot prononcé, est un phénomène connu du savoir ancestral de l’humanité. Si nous procédons ainsi, c’est que nous avons gardé le souvenir enfoui quelque part dans notre mémoire. Et j’affirme que ce mode opératoire n’est rien moins que la technique de base ayant présidée à la création de ce monde (et de bien d’autres d’ailleurs, mais je n’y suis pas allé).
 
Notre monde n’est pas un musée avec des étiquettes posées sur chaque objet. Ce que je veux dire, c’est que c’est le mot qui crée le sens (donc l’objet) et non pas un sens préexistant qui formerait le mot pour servir d’étiquette. Dans un vieux numéro de l’almanach du Marin Breton j’ai retrouvé cette phrase : « Au commencement était le verbe. ». Tout est dit. Au début il n’y avait que des mots. Cette pensée « renversée » est fondamentale, car d’une certaine manière elle justifie l’existence d’une Déité. Je ne conçois pas du tout cette Déité sous l’apparence d’un vieux biker portant catogan, toge et sandalettes de cuir issues du commerce équitable. Je pense plutôt à un Software ensemençant l’univers avec des mots germes. Le nom de ce Software est YHWH Inc. Il ne faut pas avoir peur de YHWH. YHWH est un .exe comme les autres. Il s’éxécute. Une fois le boot effectué, il tourne. Je vois d’ailleurs dans cette analogie entre le fait de dire qu’un programme « tourne » et la phrase de Galilée « et pourtant elle tourne » une preuve supplémentaire que la course circulaire des astres n’est rien d’autre que le « reflet » du fait que le programme YHWH est en train de « tourner ». La répétition cyclique des phénomènes célestes n’est que la conséquence de patterns, de motifs imbriqués dans le cœur du programme. Quelques fois il y a un bug. Par exemple cet été, c’était l’hiver.
 
Je pense très sincèrement que dans le passé reculé de notre monde, la Terre a fait l’objet de bombardements réguliers de la part de YHWH Inc. Pendant des millénaires, notre sol a subi de colossales averses de métémantiques. Les métémantiques sont des météores sémantiques. Concrètement, un météore sémantique est un très gros caillou contenant un ou plusieurs mots. Pour s’en faire une idée, représentez-vous une géode de bonne taille. Lorsque le métémantique heurte le sol, il se fracasse en deux. A l’intérieur se trouvent les mots. Je sais que cette idée peut paraître audacieuse mais il faut admettre que les mots ne sont rien d’autres que des objets ressemblant à des espèces de petites graines. Ils sont le pouvoir de germination de l’objet qu’ils représentent (ou expriment, c’est difficile à formuler). Au bout d’un certain temps et d’éventuelles combinaisons (pour les objets formés de mots composés comme par exemple « attelage de caravane ») les choses apparaissent directement sur le sol. Cette époque de bombardements incessants je l’appelle « Hyper Génèse ».
 
On peut se demander si les mots sont tous arrivés sans ordre préparé. Personnellement je ne le pense pas. Et ce pour la simple et bonne raison que certains objets sont le résultat d’inclusions de mots. « Roue » bien évidemment a été bombardé avant « voiture ». Dans le même ordre d’idées, les mots « politiquement » et « correct » sont une recombinaison algébrique des mots « crédulité » « ignorance » et « conspiration ». Je reviendrais plus tard sur cet aspect des choses.
 
On trouve la preuve de ce que j’avance dans la Bible puisqu’il est expliqué qu’Adam est tiré du sol. On m’objectera facilement qu’à ce jour on n’a jamais découvert de mots en creusant dans son jardin et que tout ceci est infondé. A cela je répondrais qu’il est logique de ne rien retrouver puisque depuis les averses métémantiques, tous les mots ont germés. Seul subsiste la chose invoquée, florissante telle une belle plante : choux, genoux, hiboux, cailloux. Mais je ne doute pas qu’un jour un scientifique politiquement correct ne tombe sur un mot non germé au fin fond d’une caverne. On verra alors que ce sont de petites choses, une sorte de matière noire comme la tourmaline, coupante comme de l’obsidienne. Leur texture varie selon leur nature. Le mot « haine » par exemple est une gélatine putride et puante qui infecte durablement les sols qu’il infiltre.
 
Cela nous ramène à Richard Shaver. En allant dans les cavernes où il s’est rendu des années durant, que pouvait-il ramener sinon des mots non germés ? Une fois ces mots exposés à la lumière du soleil, ils ne pouvaient « qu’invoquer » leur signification. C’est pourquoi tout ce qu’il a dit était vrai. Les Deros, existent. Les Teros existent. La Lémurie existe. Les filles vivant sous terre portent des tenues très déshabillées.
 
Cioran a dit « La vie est le roman de la matière ». Je crois qu’il était au courant pour Shaver. Il voulait tout simplement dire que la matière des mots trame le roman de la vie.
 
A venir : Conclusion Provisoire

L'aventure Motiq se lit aussi ici : Krapo-I2

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Commentaires

tu sais, de Platon à Heidegger (entre autres) en passant par Hegel (entre autres) & il y en a des tas que je n'ai  pas lus, la réflexion sur le langage, les mots, la pensée !...
du côté des écrivains : Rabelais, Carroll, Joyce...
Commentaire n°1 posté par Eric LOW le 28/08/2007 à 11h26
oui je sais... tout cela est bien prétentieux et inutile. mais j'aime bien m'amuser... :-)
Réponse de Dick le 28/08/2007 à 21h51
Il paraît que c'est un thème fondamental sur lequel des tas de philosophes ont discuté depuis des siècles, sans trouver de réponses. Ta thèse est plutôt amusante, et finalement assez plausible...
Reste à savoir (c'est la question que je me pose) si le "verbe" est un mot comme les autres.
Commentaire n°2 posté par GdeB le 28/08/2007 à 22h52
je dirai que ma thèse se veut "Fortéenne" dans la forme... Le verbe est un mot en mouvement c'est lui qui anime l'axe du temps avec ses conjugaisons. ... je ne pense pas qu'il soit comme les autres. Il est "énergétique".
Réponse de Dick le 29/08/2007 à 21h30

"Au commencement  était le Verbe
et le Verbe était avec Dieu
et le Verbe était Dieu...
...
Tout fut par lui, et sans lui rien ne fut. 
Ce qui fut en lui était la vie...."

Ce texte sublime est le prologue de l'Evangile selon Saint Jean et non du Marin Breton !!!!!!

Non mais des fois je tombe de haut   !!! ; )

Commentaire n°3 posté par Bénédicte le 28/08/2007 à 23h26
Moi qui pensait que Dieu était un bon marin breton fumant la pipe et jouant de l'accordéon... Quelle déception ! :-)))

tu es sûre ??? ;-)
Réponse de Dick le 29/08/2007 à 21h32
Et moi qui croyais ce passage tiré de Jean Valjean dans les Pitres aux Indiens, j’en tombe de mon nénuphar :-)

Verbe – (lat. verbum, parole - 1050)

Il y a parait-il, dans les lallations des bébés, virtuellement toutes les langues. Peut-être ont-ils cette faculté d’entendre les métémantiques avant même qu’ils n’éclosent.

C’est parce que l’art est inutile qu’il nous est précieux.

code : AZF (ça fait Boum !)
Commentaire n°4 posté par Krapo-i2 le 29/08/2007 à 08h01
Je ne connaissais pas cette théorie sur la langue "universelle" des bébés. Le Babytong est peut-être la clef de ce secret. Tu me donnes des idées !!!

la discussion sur l'art est vaste... d'autant que la définition de ce mot a bien varié depuis des millénaires..; Comment mettre dans le même sac les fresques de lascaux, Jérome Bosh, et l'urinoir de Duchamp....
Réponse de Dick le 29/08/2007 à 21h35
le concept d'utilité ou d'inutilité n'a pas cours en art
il est éventuellement précieux parce qu'indispensable à 1 vie qui ne serait pas celle de légumes ou de décérébrés
mais si nous vivions tous la vie que nous souhaitons : l'art existerait-il ?
peut-être (?) ne nous est-il indispensable que tant que la société des hommes est malade... & les hommes avec ?...
Commentaire n°5 posté par Eric LOW le 29/08/2007 à 08h12
Le champ de cette discussion est vaste... Je ne sais pas ce qu'est l'art. N'est-ce pas quoi que soit à partir du moment où il est extrait du continuum vernaculaire ?
Réponse de Dick le 29/08/2007 à 21h36
Les mots, et bien les miens seront courts, déjà, je n'ai pas suivi ces articles et sans honte, je peux t'avouer ( comme je disais hier soir à une personne que tu affectionnes ) que parfois je suis un peu larguer par ton écriture, ce qui m'avait été dit d'ailleurs il y a quelques temps par une autre personne. Donc , pour quelqu'un qui voulait faire court, je me plante, mais c'est avec plaisir que je te transmets cette petite pensée passagère. Merci pour tes petits mots lus avec plaisir. Bises Dick et à bientôt !
Commentaire n°6 posté par josie le 29/08/2007 à 10h16
Bonjour Josie, très heureux de rencontrer ici... tu sais je ne sais pas s'il y a quelque chose à comprendre dans tout cela. je m'amuse avec les mots, les délires, les idées des uns et des autres... je rebondis sur les blogs des uns et des autres, j'aime bien les jeux, les textes qui se répondent... Donc voilà quoi...
Mais qui donc est cette personne que j'affectionne ??? ;-)
Réponse de Dick le 29/08/2007 à 21h59
Je réitère et persiste (je polémique), la Bible n'est pas parole d'évangile (pour moi en tout cas), et si le Verbe est Parole, alors il n'est pas Dieu. On ne lui a jamais entendu dire un mot à celui-là...
Le verbe est aussi un mot qui exprime une action...ou un état.
Commentaire n°7 posté par GdeB le 29/08/2007 à 10h21

La Bible est une compilation intéressante de souvenirs de l'humanité. On y parle des extraterrestres, du déluge qui a englouti l'atlantide, mais surtout on y parle du souvenir ancestral de l'homme lorsqu'il possédait l'innocence de l'animal (le jardin d'eden)...

Réponse de Dick le 29/08/2007 à 22h01
Inutile au sens d’échapper à une fonction vitale, d’être au-delà du nécessaire, d’être résolument non-fonctionnel. "Précieux parce qu’indispensable" revient à dire qu’il – l’art – est utile, ce qu’il n’est pas, puisqu’échappant aux "concepts" d’utilité et d’inutilité. Pas plus qu’il ne peut être "éventuellement précieux parce qu’indispensable" ;  si il est indispensable, il est de fait précieux. (là, je chipote :-))
Si l’art échappe aux notions d’utilité et d’inutilité, il échappe tout autant aux contingences sociétales. L’art englobe tous les aspects du spectre humain, joie, haine, maladie, amour, malheur, guerre, beauté, laideur… en les transcendants.

Je kroah…  
Commentaire n°8 posté par Krapo-i2 le 29/08/2007 à 13h05

Utile sans être fonctionnel peut-être... l'art est apparu dans les sociétés à partir du moment où leur capacité de production de nourriture était suffisante pour permettre que certains membres du groupe ne soient pas affectés à cette tache. C'est à ce moment là que sont apparus les prêtres, les chamans, qui sont à mes yeux les ancêtres des artistes. Oui je pense comme toi, son rôle est transcendant...

 

Réponse de Dick le 29/08/2007 à 22h05
Dans certaines civilisations, tout est art : la cuillère, le bol, les ustensiles de cuisine, les habits, tous les outils du quotidien. Généralement, ce sont des civilisations qui ne laissent pas de déchets. Que des oeuvres d'art. Inutile de préciser que ces civilisations ont été détruites par les colonisateurs. 
L'art est utile aux personnes qui ont beaucoup d'argent et ne savent pas quoi en faire...Il est coté en Bourse.
Commentaire n°9 posté par G. de B. le 29/08/2007 à 14h12
La question devient vaste... qu'est ce qu'une oeuvre artistique ? je soutiens, au risque de choquer les artistes, que c'est peut-être la mise en situation, la mise en scène qui crée la définition d'oeuvre, l'intention derrière l'objet plus que l'objet lui-même. mais je ne suis pas spécialiste d'histoire de l'art loin s'en faut... !
Réponse de Dick le 29/08/2007 à 22h07
au Krapo : l'art ne transcende pas la réalité : il ramène sur Terre ce qui est au-dessus : il montre, il donne à voir

à la Grenouille (décidemment c'est 1 vivarium ici !) : non ! tout n'est pas art dans ces civilisations sur lesquelles certains phantasmes comme sur le mythe rousseauiste du bon sauvage ! 1 cuillère est 1 cuillère ! point ! le romantisme vis-à-vis de ces cultures ne découle que d'1 culpabilité de les avoir (hélas) détruites... mais tout ne se vaut pas... si l'on étudie ces cultures, le sacré y a 1 grande place & l'art tel que nous l'entendons n'y a pas "cours"... en Occident, l'art découle du sacré & s'en est détaché... toujours à la recherche du fondement des choses...

la prochaine fois je vous apporte des mouches...
Commentaire n°10 posté par Eric LOW le 29/08/2007 à 16h54
Encore un autre éclairage sur le sujet. Je pense comme toi qu'il y a dans les sociétés des zones sacrées et des zones profanes. L'art n'est donc pas partout. C'est une zone sacrée perdue au milieu du profane...
STP pas de mouches sur mon blog !!! :-))
Réponse de Dick le 29/08/2007 à 22h09
 autre point de vue:
l'art ,expression sublime d'un refoulement ? comme dirait Freud. toujours pour faire avancer le schmilililiblique...
Commentaire n°11 posté par Bénédicte le 29/08/2007 à 19h51
Encore une autre vision... L'art en tant que vecteur de l'inconscient ? peut-être mais je manipule Freud avec beaucoup de pincettes...
Réponse de Dick le 29/08/2007 à 22h10
à Eric LOW : De jeunes sauterelles légèrement dodues STP. Oui, l’art montre, donne à voir, mais ce qu’il montre, en le transcendant, en le dépassant, en le surpassant… il ne le puise pas dans un ailleurs inaccessible, dans un au-delà inatteignable ; il le trouve dans la matière qui l’a fait naitre, dans la glèbe.
Commentaire n°12 posté par Krapo-i2 le 29/08/2007 à 22h25
Le déb'art continue :-))
et s'enrichit toujours plus !
Réponse de Dick le 30/08/2007 à 18h16
Encore une fois je ne suis pas un batracien, mais DE BENITIER. Tout le monde oublie mon nom de famille. Donc pas de mouches ni de sauterelles pour moi. Juste un peu d'eau bénite...
Les civilisations dont je parle, certaines existent encore. En Amérique du Sud (ceux qui habitent encore tout en haut des montagnes) par exemple, où les gens sont tellement "pauvres" (dans le sens où ils n'ont pas de télé à écran extra plat), que tous les objets de leur vie quotidienne doivent durer : donc pas de plastique mais ils sculptent leurs cuillères dans le bois. Et là ça devient une oeuvre d'artisan si ce n'est d'art. Pièce unique en plus, car ils ne connaissent pas le travail à la chaîne.
Si eux-mêmes ne portent pas un jugement artistique sur leurs propres oeuvres, quelqu'un de l'extérieur peut le faire ! En tout cas, on a le droit de dire que c'est beau.  Mais je sens que quelqu'un va dire que l'art , c'est pas forcément beau...

Commentaire n°13 posté par GdeB le 30/08/2007 à 09h58
Le débat d'élargit encore.... je ne sais pas si l'art est par définition beau ou pas, mais je crois qu'il se soustrait à l'aspect utilitaire des choses, donc... je ne sais pas comment considérer les ustensiles dont tu parles. mais il faut dire que dans nos sociétés tout est découpé, décomposé par fonction, destination.. donc peut-être que notre vision de l'art non utilitaire ne correspond qu'à une sophistication fonctionnelle de l'objet.
Réponse de Dick le 30/08/2007 à 18h15
L'art répond certainement aux besoins de "donner du sens" ainsi qu'aux aspirations symboliques du groupe- réprésentations récupérées en général par les tenants du pouvoir !- 
D'autre part, -mais cette distinction du particulier, de l'individu vient peut-être de la renaissance ou du romantisme ! De nos jours est exalté l'aspect représentation personnelle- Bref l'art est aussi une expression symbolique des personnes, un jeu et un laboratoire de codes; enfin il me semble...


J'aime beaucoup tes conceptions à la fois ludiques et philosphiques des choses! L'aspect Yhwh.exe par ex! :-D

Cependant, si tu parles de germes de mots, comment définis-tu les mots oubliés ou tombés en désuétude, emportant avec eux leur partie de l'histoire? Est-ce que ce ne serait pas des traces pré-historiques, des vestiges, des ossements anciens, ou des morceaux de puzzle enfouis dans la terre?
Commentaire n°14 posté par fazou /FDB le 30/08/2007 à 21h55

Donner une définition de l'art est sans doute un débat sans fin, surtout que tant les artistes que les critiques et académiciens ont des idées bien arrêtées (bornées ?) sur le sujet...

les mots tombés en désuétudes seraient des germes ayant manqué de d'eau et de soleil, de petits plants (plans) appelés à disparaître...

 

Réponse de Dick le 03/09/2007 à 20h36
j'ai pas la force mais je compatis, et oups, petite génuflexion du soir (à tantôt)
Commentaire n°15 posté par LC le 31/08/2007 à 00h01
Merci tout de même de ton passage LC...
Réponse de Dick le 03/09/2007 à 20h32
 
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