Thrilling Wonder Stories, couverture du numéro de Juin 1939
« La physicienne espagnole Béatrice Gato-Riveira s'est demandée s'il se pourrait que nous soyons immergés dans une plus vaste civilisation sans nous en douter. [...] Elle nous compare à une famille de gorilles dans une montagne, et se demande si les gorilles pourraient seulement comprendre qu'ils sont une espèce protégée habitant une réserve naturelle dans un pays situé sur le continent africain de la planète Terre alors même qu'ils sont inconscients des nations, des frontières, de la religion ou de la politique, ou de leur propre statut dans la hiérarchie planétaire. Est-ce qu'un pays de notre planète pourrait avoir l'idée d'envoyer une délégation officielle en territoire gorille pour se présenter ouvertement et officiellement aux autorités des gorilles s'interroge-t-elle encore ? Viendrait-il à l'idée de ce pays de serrer des mains, de passer des accords, et d'échanger des signatures avec les mâles gorilles dominants ? »
Georges Knapp & Colm A. Kelleher, La Science confrontée à l'inexpliqué
« Supposons qu'une autoroute à dix voies soit en construction à côté d'une fourmilière, la question est : les fourmis auraient-elles la moindre idée de ce qu'est une autoroute à dix voies, ou à quoi elle sert, ou comment communiquer avec les travailleurs qui se trouvent seulement à quelques mètres de là ? La réponse est non... S'il y a une autre civilisation dans notre arrière-cour, dans la voie lactée, serions-nous seulement conscients de sa présence ? Il y a une bonne chance pour que, à l'instar des fourmis dans leur fourmilière, nous ne comprenions pas, ou ne soyons pas capables de saisir le sens d'une autoroute à dix voies à côté de notre porte. »
Georges Knapp & Colm A. Kelleher, La Science confrontée à l'inexpliqué
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>>TLX 06 30 : Sauvetage organisé dans l’urgence – STOP – Conditions difficiles – STOP - Petit homme à l’étoile en mauvais état – STOP – Soins en cours - STOP - détails suivront – STOP.
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Mercredi. On a presque terminé la réunion et le jour tombe. Les enquêtes régionales en cours ont été revues en détail, on s'est échangé quelques liens trouvés ici et là, les livres nouveaux ont changé de main. Derrière la fenêtre je vois pointer Vénus. Gégé referme son dossier d'investigation sur le cas local de grand Triangle. Et puis la question, la seule, la grande, l'ultime, celle qui résume tout, celle que l'on se pose tout le temps à ce moment de nos réunions revient. C'est Gégé qui parle. « De toute façon, de toute façon je doute que l'on sache la vérité un jour. Cela fait tellement d'années. ». Gégé pense que l'on ne saura jamais. Cela fait 40 ans qu'il est sur la brèche.
Ix hausse les épaules. Ce n'est pas très important. Il soutient que nous devons avoir un point de vue agnostique sur le sujet, que l'idée même de vérité est dénuée de sens. La question est nulle et non avenue à ses yeux, d'ailleurs il sourit à Gégé. Il en est même venu à refuser l'idée de nommer le phénomène. Seule compte selon lui l'étude la plus sérieuse possible des observations, la collecte des informations de sources diverses, l'interview des témoins. Et il le fait bien.
Pour la énième fois j'avance vers eux ma « Théorie du point de Rupture ». Je soutiens par là que non seulement la vérité éclatera au grand jour dans le sens où nous en avons l'intuition, mais que de plus cette vérité sera révélée brusquement, sans signes avant-coureurs, avec violence, sans que nul - et surtout pas nous trois - n'ayons pu prévoir la chose. Je veux dire par là que le caractère véridique de l'existence des Phénomènes Aérospatiaux Non identifiés ne passera pas par une acceptation progressive de ce qui est actuellement classé au rang des chimères. Il n'y aura pas une période de croyance mitigée succédant à celle du rejet de leur existence, puis une période d'acceptation succédant à celle du doute. Nous passerons simplement, violemment, en peut-être une journée ou bien seulement une heure, du refus systématique de cette hypothèse à l'acceptation évidente d'une nouvelle vérité. Cette acceptation se fera sans avoir à faire d'effort pour cela et sans que rien ne change dans nos vies car un évènement imprévisible, que j'appelle « la rupture » surviendra un jour.
Cet évènement sera aux Phénomènes Aérospatiaux Non identifiés ce que la pluie de météorites qui s'abattit sur le village de l'Aigle en 1803 fût pour la reconnaissance de l'existence des pierres tombant du ciel. En disant cela je ne m'avance pas sur la nature du phénomène, je dis simplement que l'existence du phénomène, quelle que soit sa nature, sera brusquement acceptée. L'affaire fera grand bruit pendant un ou deux jours. Elle fera sans doute la Une du journal télévisé de 20h le jour de l'évènement-rupture. On fera peut-être un micro-trottoir pour demander à trois représentants des Sociotypes dominants ce qu'ils pensent de cet évènement.
Puis tout reprendra son cours.
Car il n'existe rien, absolument rien, pas même une exo-vérité ancestrale devenue désormais familière, qui soit de nature à surpasser le mystère inconnaissable, et infiniment insondable, de notre banal quotidien.
C'est une valse lente,
Lente, très lente,
Impériale au pied des tours,
De papiers enlacés confrontant en arabesques décalées les gras slogans de leurs promotions. Je vois un pas, je vois deux pas, glissades de froissements et déchirures sur l'asphalte grumeleux.
Ces bâtiments songent à des mensonges bâtis là sans rêve.
Comme des tiroirs les gens y vivent, toi, moi, tout le monde et encore d'autres. Il y a quelques fois des lunes qui viennent se percher au-dessus et qui tracent dans les rues les chemins à prendre, pistes Anciennes tout d'argent pailleté que seuls empruntent les chats errants et les oiseaux de nuit.
Il me semble qu'une fois sortis de la ville tout pourrait devenir clair. Champs à perte de vue, même plongés dans la nuit, soufflant par la vitre ouverte une haleine glacée. (S'arrêter comme çà au milieu de nulle part, le gravier du bas-côté crisse sous les chaussures et un avion invisible gronde au loin, là-haut. Frissonner et humer la terre, remonter dans l'habitacle surchauffé, claquer la portière, et puis être soudainement submergé par le bonheur de se trouver n'importe où.).
La route est là pourtant au pied de la tour mais l'Ecran, vaste fenêtre, occulte les autres. C'est une grande église et voici ses vitraux, scènes sacrées peintes en ombres et teintes vives, reflets de verts d'eau, patines d'ocre, ponctuations de phares vifs et tremblotants.
Des appels résonnent, dehors, venus du ciel. Chaque tiroir posé dans ses glissières coulisse de temps à autres. D'infimes réglages, de savants ajustements font de cette opération silencieuse et sans heurts le haut fait d'une technologie parvenue au faîte de son développement. La lune est suspendue à son mât, les nuages oranges aussi, et le tout semble amoncelé sans ordre précis.
Il y a encore de petits animaux en ville malgré les apparences. Tous ne sont pas devenus les acteurs grassement payés de documentaires animaliers. Ils furètent au pied des tours. J'ai vu des renards affairés raser les murs au plus profond de la nuit, des mulots bâtir un nid douillet de poussières et de vieux papiers au pied d'un lampadaire, un hibou garder le fond d'un garage empuanti par l'essence, des chauves-souris zébrer l'air des parkings, des lézards solitaires pourchasser le soleil sur les dalles de béton, et puis des chats et des araignées. Tout un peuple dans l'attente de nos décisions.
Chaque soir on dresse la carte des forces en présence. Un état des lieux permanent aux conclusions provisoires. Un vieux Colonel Anglais rompu à tous les Débarquements hasardeux, pipe fumante dans une main et stick dans l'autre vient faire son briefing des troupes. « Well gentlemen, l'ennemi a déployé plusieurs Divisions Blindées de Lundi ici... là... et encore là... Ce sont des Divisions de Lundi bien entraînées rompues au combat en terrain quotidien à découvert. Elles attaquent généralement à l'aube. Tenez-vous prêt et ne dormez que d'un œil ». Il se retourne vers nous et fait des puff-puff-puff avec sa pipe, puis se drape d'un rideau de fumée bleuâtre en jouant la chenille fumeuse de houka. Il sourit et nous lance un clin d'œil. « Well, good luck chaps ! La Reine vous regarde... ».
Vos impressions à chaud...